Voici le texte adopté par le Conseil fédéral régional de la FSU Picardie

L’annonce par le président de la République d’une réforme territoriale à marche forcée, contradictoire avec les mesures déjà prises, notamment pour ce qui concerne les départements, et sans aucune consultation politique des citoyens constitue un véritable déni de démocratie.

Après plusieurs mois d’atermoiements, ce qui apparaît aujourd’hui comme le projet final articulé sur trois axes (mise en avant des métropoles, fusions de régions, dilution des départements) dont la combinaison est déclinée différemment selon les régions, n’obéit à aucune logique précise, ni aucun autre objectif qu’une fuite en avant politique et la réduction des dépenses publiques.

Ainsi, dans le cadre de régions majoritairement élargies :

- l’organisation territoriale donnant un rôle considérable aux métropoles obéit à une conception polarisée de l’espace régional et national conduisant à une marginalisation des zones rurales et péri-urbaines, qui sont précisément celles dans lesquelles les populations se sentent les plus mises à l’écart et déclassées, ainsi qu’en témoignent les résultats des dernières élections ;

- la disparition des départements comme structures de démocratie locale, bien qu’elle soit perfectible à ce niveau, conduirait au maintien, sous une forme ou sous une autre, de structures intermédiaires de même type, mais strictement technocratiques et ne présentant pas de garanties de transparence. Ce processus peut tendre aussi bien vers une vraie recentralisation des fonctions jusque là dévolues aux départements que vers leur dilution dans le local ;

- enfin, les fusions de régions elles-mêmes qui apparaissent comme l’arbre cachant la forêt, suscitent de nombreuses interrogations tant elles semblent obéir à des logiques diverses et peu compréhensibles, allant du maintien en l’état jusqu’à la création de régions dépassant les 70 000 km2 et la douzaine de départements. Ces interrogations conduisent même certains à remettre en débat le démantèlement ou le redécoupage éventuel de certaines régions.

Au final, et dans la plupart des cas, elle aboutirait à un éloignement des citoyens des lieux et centres de décision.

Pour ce qui concerne la Picardie et son avenir, la FSU régionale se positionne pour le maintien de notre région. Aucune option n’est envisagée, pas plus le démantèlement que la fusion avec le Nord-Pas-de-Calais, les Normandies ou la Champagne-Ardennes n’étant de nature à répondre aux problèmes spécifiques de notre région qui relèvent en grande partie de l’absence d’une politique volontariste de l’Etat.

La Picardie est en difficulté, elle l’est par sa situation économique, par le démantèlement de son industrie, mais aussi par la faiblesse de l’investissement éducatif qui la prive d’une main d’oeuvre qualifiée, susceptible de créer les conditions d’un redémarrage économique. Les responsabilités en sont partagées : rappelons, pour ne prendre qu’un exemple, que l’Etat a supprimé près du quart des postes d’enseignants du second degré depuis 2002 et que la dépense régionale par lycéen est inférieure à la moyenne française.

Si l’annonce de la fusion de notre région devait être suivie d’effet, elle constituerait sans nul doute une étape supplémentaire dans l’adaptation de l’organisation territoriale à une nouvelle réduction du rôle de l’Etat, de la place des politiques publiques et en définitive des services publics en Picardie.

Enfin, la FSU estime que la réforme territoriale ne peut, de toutes façons, pas être transposée intégralement dans les structures de l’éducation nationale. Elle se prononce pour le maintien d’une académie d’Amiens comme structure de proximité indispensable tant pour les personnels que pour les jeunes.